Pop Libre ! Liberty… : huit mètres carrés de liberté au Forum mondial des droits de l’Homme

28 juin – 1er juillet 2010, La Cité des Congrès, Nantes

En juin 2010, David Cintract est invité à confronter son Pop Libre à un sujet qui dépasse largement le cadre de l’art contemporain. À Nantes, la quatrième édition du Forum mondial des droits de l’Homme rassemble pendant quatre jours militants, ONG, responsables politiques, universitaires, juristes et représentants d’organisations internationales venus du monde entier.

Pour cet événement, l’artiste ne choisit pas une œuvre existante. Il réalise spécialement une toile monumentale de 4 mètres sur 2, soit huit mètres carrés d’images, de symboles et de références : Pop Libre ! Liberty…

Présentée du 28 juin au 1er juillet 2010 dans la Grande Halle de la Cité des Congrès de Nantes, l’œuvre est officiellement intégrée au programme du Forum et offerte à l’événement par David. Elle doit ensuite être proposée aux enchères à l’occasion de la Journée des droits de l’Homme afin de contribuer au financement d’une action en faveur des droits humains.

Une œuvre créée pour le Forum

Le contexte donne immédiatement à Pop Libre ! Liberty… une dimension particulière.

L’édition 2010 du Forum se déroule autour d’une question volontairement directe : « Face à la crise, les droits de l’Homme ? »

Le monde vient alors de traverser une crise économique et financière majeure. Le Forum choisit de poser une question essentielle : lorsque les sociétés sont fragilisées par les crises économiques, sociales, alimentaires ou environnementales, les droits fondamentaux peuvent-ils devenir une variable d’ajustement ?

Pendant quatre jours, les débats sont organisés autour de grands sujets : l’accès à la terre et à l’alimentation, les identités et les minorités, les libertés d’expression et d’opinion, ainsi que le travail et les droits sociaux dans un contexte de crise.

David construit son œuvre à partir de ces interrogations.

Dans le document publié à l’époque, il est présenté comme un artiste convaincu que l’art peut contribuer à la promotion des droits et des libertés et faire évoluer les regards. Sensible aux problématiques abordées par cette quatrième édition, il souhaite offrir aux visiteurs une œuvre capable de réunir, selon sa propre perception, plusieurs des questions posées durant le Forum.

Il ne s’agit donc pas d’illustrer littéralement les droits de l’Homme.

Il s’agit de les interroger par l’image.

Huit mètres carrés de Pop Libre

La reproduction conservée dans les archives de l’époque montre une composition extrêmement dense.

Architecture urbaine, corps, visages, objets manufacturés, aliments, animaux, figures fantastiques et références issues de la culture populaire se télescopent dans un immense collage où aucune image ne semble avoir définitivement priorité sur une autre.

C’est tout le principe du Pop Libre développé par David : placer dans un même espace des éléments appartenant à des univers très différents et laisser le spectateur construire lui-même les rapprochements, les contradictions et les interprétations.

À Nantes, cette liberté de lecture prend évidemment un autre sens.

Liberté de penser.

Liberté de s’exprimer.

Liberté de regarder une même image de plusieurs manières.

Liberté également de ne pas recevoir de l’artiste une réponse déjà construite.

Le communiqué consacré à l’œuvre présente alors David comme portant un regard « interrogateur et provocateur sur le monde moderne », invitant chacun à rechercher puis à exprimer librement ses propres pensées.

Dans le contexte d’un Forum consacré précisément aux libertés fondamentales, la démarche trouve un terrain particulièrement naturel.

Au cœur d’un rendez-vous international

Le Forum mondial des droits de l’Homme de Nantes n’est pas un simple colloque local.

Créé en 2004 à l’initiative de l’UNESCO, il a pour ambition de réunir sur un pied d’égalité les différents acteurs engagés dans la protection et la mise en œuvre des droits fondamentaux : ONG, militants, collectivités, universitaires, organisations internationales et responsables politiques.

Le bilan publié après l’édition 2010 fait état d’un record de 2 800 participants et d’une trentaine de tables rondes organisées pendant les quatre jours du Forum.

La cérémonie officielle réunit plusieurs personnalités internationales majeures.

Parmi elles, Shirin Ebadi, avocate iranienne, défenseure des droits humains et prix Nobel de la paix 2003 ; la journaliste et écrivaine Florence Aubenas ; Morten Kjaerum, alors directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne ; Marcia V. J. Kran, représentante du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme ; ou encore Pierre Sané, sous-directeur général de l’UNESCO.

David et son œuvre se retrouvent donc au cœur d’un événement où les questions abordées ne sont pas théoriques : elles sont portées par ceux qui les défendent quotidiennement sur le terrain.

Une œuvre au milieu des grandes organisations de défense des droits humains

Le lieu choisi pour exposer Pop Libre ! Liberty… est lui aussi significatif.

Le programme officiel consacre une présentation spécifique à David et précise que son œuvre est visible dans la Grande Halle de la Cité des Congrès.

Autour d’elle sont installés les stands et expositions de nombreuses organisations : Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Oxfam, La Cimade, ATD Quart Monde, Avocats Sans Frontières, Ensemble contre la peine de mort ou encore la LICRA.

Ce voisinage donne une autre dimension à la toile.

Elle n’est pas isolée dans un espace artistique séparé du Forum. Elle se trouve précisément dans le lieu où circulent militants, visiteurs et représentants d’associations venus présenter leurs combats.

Le programme officiel la décrit comme « une œuvre de David Cintract offerte au Forum de Nantes » et remercie directement l’artiste pour sa participation.

Pendant quatre jours, le Pop Libre se retrouve ainsi au milieu de ceux qui travaillent concrètement sur la pauvreté, les discriminations, la migration, la peine de mort, le racisme, l’esclavage contemporain ou la liberté d’expression.

Quand l’actualité entre dans le Forum

L’édition 2010 est également rattrapée par une actualité particulièrement forte.

Lors de l’ouverture, deux portraits géants des journalistes de France 3 Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, retenus en otages en Afghanistan depuis le 30 décembre 2009 avec leurs accompagnateurs, sont déployés dans la Cité des Congrès.

L’action est menée au nom de la liberté de la presse, considérée par les organisateurs comme un droit fondamental.

La présence de Florence Aubenas donne à cet appel une résonance particulière : cinq ans auparavant, la journaliste avait elle-même été retenue en otage pendant plusieurs mois en Irak.

Durant le Forum, les débats consacrés à la liberté d’expression abordent également des sujets qui, avec le recul, apparaissent presque prémonitoires : le rôle des réseaux sociaux dans l’exercice des libertés fondamentales, la surveillance numérique, la protection de la vie privée ou encore la manière de parler des droits de l’Homme dans les médias et la publicité.

Le 1er juillet, la séance de clôture est notamment marquée par l'intervention de Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et figure historique de l’abolition de la peine de mort en France, venu prendre position contre la pénalisation de l’homosexualité dans le monde.

Dans cet environnement, le titre choisi par David — Pop Libre ! Liberty… — prend une résonance qui dépasse très largement le seul vocabulaire artistique.

De l’exposition à l’action

David ne souhaite toutefois pas que l’engagement de l’œuvre s’arrête aux quatre jours du Forum.

Dès sa création, une seconde étape est prévue.

La toile doit être mise aux enchères le 10 décembre 2010, date de la Journée des droits de l’Homme, afin que les bénéfices de sa vente servent à financer une action de promotion des droits humains.

L’intention est importante.

L’œuvre ne se contente plus de parler d’engagement : sa valeur doit elle-même devenir un moyen d’agir.

Cette démarche annonce d’ailleurs une dimension qui reviendra régulièrement dans le parcours de David Cintract au cours des années suivantes. L’artiste offrira ou créera à plusieurs reprises des œuvres spécialement destinées à des ventes caritatives, transformant la création en levier concret au service d’une cause.

À Nantes, en 2010, cette volonté est déjà clairement affirmée.

Quand le Pop Libre porte bien son nom

Avec Pop Libre ! Liberty…, le nom choisi par David pour son mouvement artistique prend une dimension presque littérale.

Le Pop vient de cette accumulation d’images, de produits, de symboles et de références qui composent notre environnement quotidien.

Le Libre réside dans ce que chacun décide d’en faire.

Au Forum mondial des droits de l’Homme, cette liberté individuelle de lecture rencontre une conception beaucoup plus fondamentale de la liberté : celle que des milliers de militants, juristes, journalistes et défenseurs des droits humains sont venus protéger et faire progresser à Nantes.

Pendant quatre jours, au milieu d’Amnesty International, de la FIDH, de Médecins du Monde, d’Oxfam et de dizaines d’autres organisations, une toile de huit mètres carrés rappelle à sa manière que la liberté commence aussi par la possibilité de regarder, de questionner, de penser et de s’exprimer.

En 2010, avec Pop Libre ! Liberty…, David Cintract ne vient donc pas simplement exposer au Forum mondial des droits de l’Homme.

Il y apporte son propre langage pour parler de liberté.

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