Ralph Pucci x David Cintract : quand le Pop Libre rencontre l’art du mannequin

Octobre 2009 — Paris

En 2009, David Cintract est invité à entrer dans un univers qui semble avoir été conçu pour rencontrer le sien : celui de Ralph Pucci, designer et galeriste new-yorkais qui a fait du mannequin de vitrine bien davantage qu’un simple support destiné à présenter des vêtements.

À Paris, à l’occasion du lancement de la nouvelle collection de mannequins « Madame », le grand showroom consacré à Ralph Pucci devient pendant une soirée un espace où se croisent mode, photographie, design, musique et art contemporain.

Sur le programme, les univers sont clairement annoncés : Ralph Pucci, les mannequins Madame, le nouveau livre SHOW, les photographies de David Law et, pour la partie artistique, David Cintract — « POP LIBRE » — peintures sur toile et mannequins.

Une formulation qui résume parfaitement la rencontre.

Ralph Pucci, lorsque le mannequin devient sculpture

Le nom de Ralph Pucci occupe une place particulière dans l'histoire contemporaine du mannequin.

Issu d'une entreprise familiale new-yorkaise créée dans les années 1950 et spécialisée à l'origine dans la réparation de mannequins, Ralph Pucci rejoint l'activité en 1976 avant de la transformer progressivement en véritable laboratoire de création.

Sous son impulsion, le mannequin quitte peu à peu son rôle anonyme de silhouette de vitrine pour devenir un objet de design à part entière.

Au fil des années, Pucci travaille avec des créateurs, artistes et designers tels qu'Andrée Putman, Kenny Scharf, Ruben Toledo, Anna Sui ou Stephen Sprouse. Ses mannequins accompagnent l'évolution de la mode mais racontent aussi celle des représentations du corps, des attitudes et des époques.

En 2009, il arrive à Paris pour présenter « Madame », sa nouvelle collection.

Pour Ralph Pucci, un mannequin ne doit justement pas disparaître derrière le vêtement. Il doit posséder une personnalité, une attitude, presque une présence.

C'est précisément à cet endroit que son univers rencontre naturellement celui de David Cintract.

Le Pop Libre s’installe au milieu des mannequins

Pour cette présentation parisienne, David Cintract expose plusieurs œuvres ainsi que des mannequins travaillés dans son univers Pop Libre.

Le choix est particulièrement cohérent.

Depuis plusieurs années déjà, l'artiste ne considère plus le mannequin comme un simple objet manufacturé. Il le peint, le transforme, lui ajoute de la matière et des signes, jusqu'à lui donner une identité propre.

Chez David Cintract, le corps industriel et reproductible devient donc un terrain d'expérimentation.

Les mannequins côtoient ici ses peintures sur toile, créant un dialogue entre œuvres en deux dimensions et sculptures grandeur nature.

Dans un lieu initialement consacré à la présentation du vêtement, les frontières commencent à se brouiller : le mannequin support devient œuvre, l'œuvre dialogue avec la mode et l'espace commercial prend temporairement les allures d'une galerie.

Cette manière de déplacer l'art en dehors de ses lieux habituels est déjà profondément inscrite dans la démarche de David Cintract.

Une soirée entre art, mode et création

L'événement ne se limite pas à une exposition.

Le showroom est pensé comme un véritable rendez-vous autour de plusieurs disciplines.

Le photographe David Law y présente Front-Stage, une série de photographies installées notamment sur les vitrines. David Cintract occupe quant à lui le versant pictural et sculptural avec son Pop Libre, tandis que les mannequins de la collection Madame structurent l'ensemble de l'espace.

Ralph Pucci profite également de sa venue parisienne pour présenter et dédicacer son nouvel ouvrage SHOW.

Publié en 2009, le livre revient sur près de quinze années d'expositions et de mises en scène organisées autour de Ralph Pucci International. On y retrouve cette volonté constante de ne jamais isoler les disciplines : mannequins, mobilier, photographie, peinture et design sont pensés comme les différentes composantes d'un même environnement visuel.

La soirée se poursuit en musique avec DJ Dove, chargé d'accompagner l'événement.

Loin du vernissage traditionnel, le rendez-vous prend ainsi la forme d'un véritable show créatif, où œuvres, vêtements, mannequins, photographies et musique participent à une même scénographie.

Deux visions du mannequin qui se rencontrent

Ce qui rend cette invitation particulièrement intéressante dans le parcours de David Cintract est la place occupée par le mannequin.

Chez Ralph Pucci, il est depuis longtemps considéré comme une forme sculpturale susceptible d'être repensée par les artistes et les designers.

Chez David Cintract, il devient un individu.

L'artiste s'empare d'un objet fabriqué en série pour le rendre unique par la peinture, l'accumulation, les signes et les références à la culture populaire.

Deux démarches différentes, mais un même refus de considérer le mannequin comme une silhouette neutre.

Cette proximité donne à la participation de David Cintract une cohérence particulière : son travail ne vient pas simplement décorer le showroom de Ralph Pucci. Il dialogue directement avec le sujet même de l'événement.

Une rencontre précoce entre Pop Libre, mode et design

Vue rétrospectivement, cette soirée parisienne de 2009 éclaire aussi une partie importante de la trajectoire artistique de David Cintract.

Bien avant que ses sculptures monumentales, ses Candy Box, ses trophées ou ses objets détournés ne deviennent familiers, David expérimente déjà la circulation de son travail entre différents univers.

Galerie, mode, design, objets manufacturés et événementiel ne constituent pas pour lui des territoires séparés.

Ils deviennent autant de lieux possibles pour l'art.

L'événement Ralph Pucci en est une illustration particulièrement juste : au milieu de mannequins créés pour porter des vêtements, David Cintract installe ses propres silhouettes et leur restitue une individualité.

Là où l'industrie produit des corps identiques, le Pop Libre introduit l'accident, la couleur, la matière et la différence.

Une rencontre parfaitement résumée par quelques mots inscrits ce soir-là sur les murs du showroom : « David CINTRACT — POP LIBRE — Oil on canvas and mannequins ».

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