L’Art au fil des Sommets : David Cintract transforme les cabines de Courchevel en galerie à ciel ouvert

3 décembre 2011 – 27 avril 2012, télécabine des Verdons, Courchevel 1850

Un an avant la naissance de Mademoiselle Courchevel, les couleurs de David Cintract circulent déjà au-dessus des pistes de la station. Durant l’hiver 2011-2012, l’artiste fait partie de la vingtaine de créateurs invités à investir un support pour le moins inhabituel : les cabines de la télécabine des Verdons.

L’opération porte un nom qui résume parfaitement son ambition : L’Art, au fil des Sommets. Imaginée dans le cadre de la collaboration engagée depuis 2009 entre Courchevel et les Galeries Bartoux, elle poursuit une idée alors encore très novatrice : faire sortir l’art contemporain de ses lieux traditionnels pour le placer directement sur le parcours des skieurs et des visiteurs.

Cette fois, ce ne sont donc plus seulement les rues ou les sommets qui deviennent lieux d’exposition. Les vingt cabines de la télécabine des Verdons sont transformées en œuvres en mouvement. Au départ du centre de Courchevel 1850, elles montent et redescendent toute la journée au-dessus des pistes, chacune portant sur sa carrosserie et ses surfaces vitrées la reproduction d’une œuvre d’un artiste contemporain.

Une œuvre de David Cintract suspendue entre ciel et neige

Pour David Cintract, l’exercice prend une dimension particulière. Son univers, construit à partir d’images de la culture populaire, de références à l’histoire de l’art, d'objets du quotidien et de collisions visuelles volontairement inattendues, quitte ici le format traditionnel de la toile pour épouser la forme d’une cabine de remontée mécanique.

L’archive conservée de cette exposition montre que l’habillage reprend la composition de Courbet in New York, œuvre de grand format de 200 × 145 cm. Le foisonnement caractéristique de David y est immédiatement reconnaissable : figures classiques et contemporaines, images urbaines, objets de consommation, jouets, couleurs saturées et fragments de différentes époques se rencontrent dans une composition où le regard ne reste jamais longtemps au même endroit.

Transposée sur la télécabine, l’œuvre change complètement de statut. Elle n’est plus simplement accrochée à un mur : elle se déplace dans le paysage. La neige, le ciel et les sommets deviennent son décor tandis que les skieurs la découvrent tantôt à quai, tantôt suspendue plusieurs mètres au-dessus d’eux.

À l’intérieur des cabines, le dispositif se poursuit avec une présentation des artistes, permettant aux passagers de mettre un nom et un parcours sur les images qu’ils viennent d’apercevoir. La remontée mécanique devient ainsi, le temps d’un trajet, un espace d’exposition à part entière.

Courchevel transforme son domaine skiable en musée

David Cintract n’est pas seul dans cette aventure. La programmation rassemble une vingtaine d’artistes issus notamment du Pop Art, du Street Art et de la création contemporaine. Les archives de l’époque citent entre autres Romero Britto, Mel Ramos, Mr. Brainwash, Robert Mars, Luciano Di Concetto, Julien Marinetti, Richard Orlinski, Boudro ou encore Speedy Graphito.

L’exposition ne se limite d’ailleurs pas aux cabines des Verdons. Des sculptures monumentales prennent également place dans la station et sur le domaine skiable, poursuivant cette volonté d’installer l’art là où le public ne s’attend pas nécessairement à le rencontrer.

Cette démarche est le prolongement d'une histoire commencée quelques saisons plus tôt. En 2009, Courchevel et les Galeries Bartoux avaient déjà installé des sculptures de Salvador Dalí sur le domaine avec Dalí au sommet. L’hiver suivant, Confrontation au sommet réunissait plusieurs grands noms de la sculpture du XXe siècle. Avec L’Art, au fil des Sommets, en 2011-2012, le principe évolue encore : l’œuvre ne se contente plus d’occuper la montagne, elle se met elle-même en mouvement.

Pendant près de cinq mois, jusqu'au 27 avril 2012, des milliers de skieurs et de visiteurs peuvent ainsi croiser chaque jour ces cabines transformées. Certaines archives de l'époque décrivent l’installation comme un véritable « musée à ciel ouvert », avec une œuvre apparaissant au fil du câble toutes les quelques dizaines de secondes.

Le premier chapitre d’une longue histoire avec Courchevel

Avec le recul, cette participation prend une importance particulière dans le parcours de David Cintract.

Quelques mois seulement après cet hiver 2011-2012, la relation avec Courchevel franchit une nouvelle étape. La station lui confie la création d’une œuvre entièrement pensée pour incarner son identité : Mademoiselle Courchevel. Achevée au printemps 2012, la sculpture deviendra l’égérie de la saison suivante et apparaîtra sur les brochures, les forfaits de ski et de nombreux supports de communication de la destination.

Les archives consacrées à Mademoiselle Courchevel rappelleront d’ailleurs explicitement que David avait été remarqué après avoir exposé l’hiver précédent sur les cabines des Verdons.

Cette télécabine habillée de Courbet in New York représente ainsi bien davantage qu’une intervention artistique ponctuelle. Elle constitue l’un des premiers liens visibles entre David Cintract et Courchevel, avant Mademoiselle Courchevel, avant les trophées de Coupe du monde et avant plus d’une décennie de créations associant son travail à l’histoire sportive et culturelle de la station.

En 2011, l’œuvre de David prenait simplement le câble des Verdons. Sans encore le savoir, elle ouvrait une histoire qui allait durablement relier le Pop Libre aux sommets de Courchevel.

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