2005–2007 — Paris — Fashion Week, Art Club Gallery, salons et vente caritative
En 2005, Nissan France confie à David Cintract un support inhabituel : une Nissan Micra entière.
Pas une miniature, ni une toile inspirée de l’automobile. Une véritable voiture, destinée à circuler, à être exposée et à devenir, sous les mains de l’artiste, une œuvre roulante.
David Cintract intervient directement sur la carrosserie et transforme intégralement la citadine. Tout est réalisé à la main. Portraits féminins, étoiles, lèvres, mots, signes graphiques et aplats colorés envahissent progressivement le véhicule dans une palette où se rencontrent rose, vert tendre, rouge, blanc et tons pastel.
La voiture conserve sa fonction première, mais change totalement de statut.
Elle devient une Art Car.
Nissan renoue avec une histoire entre automobile et création
La démarche s’inscrit dans une histoire déjà engagée par Nissan.
Dès 1994, la marque avait confié la Micra à plusieurs artistes dans le cadre de l’opération Micr’Art, parmi lesquels Kriki, Peter Klasen, Mosner, Ben et Jérôme Mesnager. Dix ans plus tard, Nissan souhaite prolonger cette expérience avec de nouvelles collaborations artistiques.
Pour l’édition 2005, la marque choisit David Cintract.
Son univers correspond particulièrement bien à l’exercice. L’artiste travaille déjà à partir des images qui traversent la société contemporaine : publicité, bande dessinée, cinéma, consommation, figures féminines et symboles populaires.
Avec la Micra, il ne représente plus ces objets.
Il intervient directement sur l’un d’eux.
Une voiture transformée entièrement à la main
Les photographies conservées dans les archives de David Cintract permettent de suivre la métamorphose du véhicule.
Dans l’atelier, les vitres sont protégées, certaines zones masquées par du papier et l’artiste travaille directement sur la carrosserie.
Il ne s’agit donc pas d’un simple habillage publicitaire ou d'un décor imprimé ajouté sur le véhicule.
La voiture elle-même devient le support de création.
Sur le capot apparaît un grand visage féminin. Les flancs accueillent d’autres portraits, des étoiles, des lèvres, des mots et des motifs graphiques. Les courbes mêmes de la Micra servent de lignes de composition.
Portières, ailes, capot et hayon fonctionnent comme les différentes parties d’une toile en trois dimensions.
La transformation produit un contraste particulièrement intéressant : une voiture conçue industriellement et destinée à être fabriquée en série devient, par l’intervention de l’artiste, un exemplaire absolument unique.
Une logique qui annonce déjà l’un des fils conducteurs du travail de David Cintract : faire surgir l’unique à partir du multiple.
De la Fashion Week à la galerie
Une fois achevée, la Nissan Micra by David Cintract quitte l’atelier pour entrer dans l’espace public.
La voiture est présentée à Paris pendant la Fashion Week 2005. Nissan choisit ainsi de placer cette création à la croisée de trois univers : l’automobile, la mode et l’art contemporain.
Elle rejoint ensuite l’Art Club Gallery à Paris, où elle est exposée du 12 au 26 mars 2005.
La mise en scène est particulièrement révélatrice du projet : une citadine de grande série entre dans une galerie comme pourrait y entrer une sculpture.
Le public ne regarde plus simplement une automobile.
Il tourne autour d’une œuvre.
VSD inscrit la Micra dans l’histoire des Art Cars
La transformation attire rapidement l’attention de la presse.
En mars 2005, VSD consacre plusieurs pages au phénomène des Art Cars et présente la Micra de David Cintract parmi ces automobiles devenues supports de création.
Le magazine replace cette démarche dans une histoire plus large où la voiture, objet industriel par excellence, est régulièrement sortie de sa fonction pour devenir œuvre d’art.
Les archives photographiques montrent la Micra aussi bien dans l’atelier que dans l’espace urbain ou lors de ses présentations publiques.
Cette médiatisation donne alors au projet une visibilité qui dépasse le seul cadre de la galerie.
Une Art Car faite pour voyager
Contrairement à une toile accrochée à un mur, la Micra possède un avantage évident : elle peut se déplacer.
Après ses premières présentations parisiennes, elle poursuit donc sa route à travers différents salons et événements.
On la retrouve notamment au Salon international de la lingerie, où elle est installée pendant plusieurs jours sur un podium à l’entrée du salon. L’univers très féminin de la voiture, ses couleurs et ses portraits trouvent naturellement leur place dans cet environnement consacré à la mode.
Chaque apparition modifie ainsi la lecture de l’œuvre.
Dans une galerie, elle devient sculpture.
Dans un salon, elle devient installation.
Dans la rue, elle redevient automobile — mais une automobile qu’il est devenu impossible de confondre avec une autre.
Deux ans plus tard, la Micra devient une œuvre solidaire
L’histoire de la voiture ne s’arrête pas en 2005.
En 2007, la Micra réapparaît dans les pages du magazine Gala, à l’occasion d’une soirée caritative relatée sous le titre « Les nuits de Gala ».
Les photographies d’archives montrent notamment Estelle Lefébure posant devant la voiture. La légende est sans ambiguïté : la Nissan Micra Cintract fait partie des lots proposés aux enchères au cours de la soirée.
Parmi les autres lots figurent alors pièces de créateurs, bijoux, montre, voyage ou œuvres d’art. La Micra occupe une place particulière dans cet ensemble : deux ans après sa création, elle est toujours présentée comme une véritable pièce artistique.
À l’issue de la soirée, la voiture trouve acquéreur.
Mais l’essentiel est ailleurs.
Les sommes recueillies lors de cette vente doivent permettre de participer à la réhabilitation de six écoles destinées à de jeunes filles au Sénégal.
La trajectoire de la Micra prend alors un sens nouveau.
Ce qui avait commencé comme une rencontre entre Nissan, l’art et la mode se termine par une action concrète en faveur de l’éducation.
De l’objet de série à l’œuvre, puis de l’œuvre au partage
Le parcours de cette Micra résume déjà beaucoup de ce qui caractérisera par la suite la démarche de David Cintract.
Il y a d’abord un objet immédiatement identifiable, issu de la consommation et de la production industrielle.
Puis vient le geste artistique, qui le détourne, le transforme et le rend unique.
Enfin, l’objet retourne dans le monde réel : il circule, rencontre le public, entre dans des salons, dans une galerie, dans les médias, avant de devenir lui-même le support d’une action solidaire.
Avec cette Nissan Micra Art, David Cintract démontre dès 2005 que son travail n’a pas vocation à rester enfermé dans les limites traditionnelles de la toile.
Une voiture peut devenir sculpture.
Une galerie peut s’ouvrir sur la rue.
Et une œuvre née d’une commande de marque peut, quelques années plus tard, contribuer à financer la réhabilitation d’écoles de jeunes filles au Sénégal.
De l’atelier à la Fashion Week, de l’Art Club Gallery aux salons, puis jusqu’à une vente caritative : la Micra de David Cintract n’aura jamais été une œuvre immobile.