David Cintract 2007 : un deuxième livre pour entrer dans les coulisses du Pop Libre

Deuxième trimestre 2007, Paris – Éditions Artclub / Artclub Gallery

En 2007, David Cintract consacre un deuxième livre à son travail. Sur la couverture, un seul nom : CINTRACT. À l’intérieur, plus de 150 pages réunissent peintures, portraits féminins, références aux comics, mannequins transformés, photographies et objets détournés : le portrait d’un artiste dont le travail déborde déjà largement du cadre de la toile.

Réalisé par David Cintract avec les Éditions Artclub, en lien avec l’Artclub Gallery Paris–Lyon, l’ouvrage est également conçu graphiquement par l’artiste. Son dépôt légal est enregistré au deuxième trimestre 2007, sous l’ISBN 2-9527029-8-5, et son impression est confiée à Escourbiac. Une édition française et une version anglaise accompagnent alors la diffusion du travail de David auprès des galeries et des collectionneurs.

Un regard critique sur un univers en construction

L’un des textes essentiels du livre est signé le 12 mars 2007 par Henry Périer, critique et historien de l’art, spécialiste notamment du Nouveau Réalisme et biographe de Pierre Restany. Dans la version anglaise, son analyse porte le titre Popping and Bubbling with Art.

Plutôt que d’aligner les œuvres comme dans un catalogue classique, Périer tente de comprendre ce qui construit le langage de David.

Il repart de l’enfance, du dessin précoce, des caricatures et des premières influences visuelles, mais aussi d’un parcours personnel qui n’a rien de linéaire. David étudie les arts graphiques à Paris, travaille plusieurs années dans la restauration puis finit par revenir à cette nécessité de créer qui ne l’a jamais quitté.

Le critique replace naturellement son travail dans l’héritage du Pop Art. Warhol, Lichtenstein, les comics, les visages féminins ou les images de consommation sont très présents. Mais en 2007, David cherche déjà à aller ailleurs.

Une grande partie de ses compositions, qui pourraient sembler issues de procédés numériques ou sérigraphiques, sont dessinées et peintes à la main. Les codes du Pop sont repris, déplacés et peu à peu transformés en un vocabulaire personnel.

Derrière les couleurs, un langage à décoder

Le livre montre déjà ce qui deviendra l’une des caractéristiques essentielles du Pop Libre : une œuvre immédiatement attractive, colorée et familière, derrière laquelle se cachent souvent des lectures beaucoup moins légères.

Les mêmes figures peuvent revenir d’une toile à l’autre, changer de couleur ou de contexte. Les personnages enfantins côtoient le désir, la violence, la consommation, la guerre ou les inquiétudes personnelles.

Henry Périer décrit ainsi un univers presque construit comme un langage secret, où chaque symbole peut posséder plusieurs niveaux de lecture.

Le spectateur reconnaît une icône, un personnage de bande dessinée ou un objet du quotidien. Mais derrière l’image connue se cache parfois une histoire beaucoup plus intime.

Cette dimension autobiographique traverse fortement l’ouvrage : la famille, les figures maternelles, la naissance de sa fille Stella en 2004, les peurs, les souvenirs ou les proches apparaissent discrètement au milieu des références populaires.

David transforme ainsi des symboles appartenant à tout le monde en éléments de sa propre mythologie.

Quand la toile ne suffit plus

Ce deuxième livre permet également de mesurer à quel point David s’est déjà éloigné d’une pratique exclusivement picturale.

Les mannequins de vitrine occupent désormais une place importante. Peints, recouverts de signes et transformés, ils deviennent de véritables sculptures que l’on peut observer sous tous les angles.

Le corps devient un nouveau support.

Cette volonté de dépasser la toile apparaît également avec la Nissan Micra, transformée par David deux ans auparavant dans le cadre du projet Micramorphoses. Commandée par Nissan, présentée pendant la Fashion Week parisienne puis à l’Art Club Gallery en mars 2005, la voiture trouve naturellement sa place dans l’ouvrage de 2007.

Henry Périer l’analyse comme une œuvre à part entière : chaque portière, chaque personnage et chaque couleur contribue au récit.

La logique qui accompagnera ensuite une grande partie du parcours de David est déjà présente :

tout peut devenir un support artistique.

Un livre lié à l’histoire d’Artclub Gallery

La dernière page de l’ouvrage rappelle également l’importance de l’Artclub Gallery dans cette période du parcours.

Le livre est réalisé par David Cintract et les Éditions Artclub, et David en assure lui-même la conception et la réalisation. L’Artclub Gallery Paris–Lyon accompagne alors son travail et contribue à sa diffusion auprès du public et des collectionneurs.

L’ouvrage remplit donc plusieurs fonctions : conserver les créations d’une période, expliquer la démarche de l’artiste et permettre aux galeries de présenter un ensemble beaucoup plus large que ce qu’une exposition peut montrer simultanément.

Les dernières pages jouent aujourd’hui un rôle presque archivistique : les œuvres sont reproduites en miniature avec leur numéro de page, offrant un panorama très précieux des séries développées au milieu des années 2000.

2007, un moment charnière

Avec le recul, ce deuxième livre permet surtout de comprendre où se situe David Cintract en 2007.

Les références au Pop Art sont encore parfaitement visibles, mais quelque chose de beaucoup plus personnel est déjà en train de se construire.

Les peintures côtoient désormais les mannequins.

Les images de la culture populaire croisent les histoires familiales.

Une automobile peut devenir une œuvre.

Les couleurs séduisent tandis que certains détails commencent à raconter des choses beaucoup plus sombres.

De nombreux chapitres majeurs du parcours restent encore à écrire — les créations monumentales, Courchevel, les Candy Box ou les nombreuses collaborations qui suivront — mais l’essentiel est déjà là.

CINTRACT fixe précisément ce moment : celui où les influences cessent progressivement d’être des modèles pour devenir les matériaux d’un langage propre.

En 2007, le Pop Libre n’est plus seulement une intuition : page après page, il commence à devenir une identité.

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