22 et 23 novembre 1999 — Bureau de poste Paris-Clichy, 61-63 rue de Douai, Paris 9e
À la fin du mois de novembre 1999, l’univers de David Cintract investit un lieu plutôt inattendu pour une exposition d’art : un bureau de poste parisien.
Pendant deux journées, les 22 et 23 novembre, le bureau de poste Paris-Clichy, rue de Douai, accueille une exposition consacrée à l’artiste, accompagnée d’une opération philatélique spécialement imaginée pour l’occasion.
Œuvres, enveloppes illustrées, cachet postal de collection et séances de dédicaces font alors se rencontrer deux univers que l’on associe rarement : la création contemporaine et la philatélie.
Une archive particulièrement intéressante dans le parcours de David Cintract, à une époque où l’artiste cherche déjà à faire sortir l’art de ses supports traditionnels.
Deux journées d’exposition au cœur d’un bureau de poste
L’affiche originale de l’événement annonce simplement :
« CINTRACT — Exposition du 22 au 23 novembre 1999 — de 10 h à 19 h — Deux journées dédicaces ».
L’adresse est celle du bureau de poste Place Clichy, 61-63 rue de Douai, Paris 9e.
Pendant ces deux journées, le public peut donc découvrir les créations de David Cintract dans un lieu du quotidien, fréquenté non seulement par les amateurs d’art mais aussi par les clients ordinaires de La Poste.
Ce choix du lieu est loin d’être anodin.
La Poste possède alors une forte tradition philatélique : émissions spéciales, enveloppes commémoratives, bureaux temporaires et timbres à date illustrés permettent régulièrement d’associer un événement, un lieu ou une personnalité à un objet postal destiné à être conservé.
L’exposition de David Cintract entre précisément dans cette histoire.
Les archives officielles de La Poste répertorient d’ailleurs les 22 et 23 novembre 1999 une « Exposition David Cintract au bureau de poste de Paris Clichy », parmi les manifestations disposant d’un bureau temporaire et d’une oblitération illustrée.
Quand une œuvre devient objet philatélique
Pour l’événement, David Cintract ne se contente pas d'accrocher ses œuvres.
Il participe également à la création de plusieurs enveloppes philatéliques illustrées, conçues comme des objets de collection.
À celles-ci vient s’ajouter un élément caractéristique de ce type de manifestation : un timbre à date illustré, autrement dit le cachet postal apposé sur l’enveloppe pour matérialiser son passage lors de l’événement.
La nuance est importante : il ne s’agit pas d’un timbre-poste traditionnel émis nationalement par La Poste, mais d’une oblitération spéciale, créée pour identifier précisément la manifestation, son lieu et sa date.
David Cintract en dessine le visuel, faisant ainsi entrer son travail dans un domaine inhabituel : celui de la mémoire postale.
L’image n’est plus seulement regardée sur une toile.
Elle voyage sur une enveloppe, reçoit une date, une empreinte, puis devient elle-même un objet que l’on conserve.
Une édition signée et dédicacée par l’artiste
L’exposition s'accompagne de deux journées de dédicaces, de 10 heures à 19 heures.
La présence de David Cintract donne alors une dimension supplémentaire aux enveloppes éditées pour l’occasion.
Certaines sont signées directement par l’artiste, rapprochant ainsi l’objet philatélique de l’œuvre originale : chaque exemplaire associe une création graphique, une oblitération liée à une date précise et la rencontre avec l’artiste.
Pour les collectionneurs, ces détails ont leur importance.
Une enveloppe oblitérée les 22 ou 23 novembre 1999 n’est plus simplement un support postal. Elle devient le témoin matériel d’un événement qui n’existe que pendant deux jours.
Plus de vingt-cinq ans plus tard, c’est précisément ce caractère éphémère qui donne à ces pièces toute leur valeur documentaire.
Une trace aujourd’hui conservée au Musée de La Poste
L’histoire ne s’arrête pas au bureau de la rue de Douai.
Un exemplaire issu de cette édition philatélique a rejoint les collections du Musée de La Poste à Paris, institution consacrée à l’histoire de la communication postale, du timbre et des objets qui témoignent de la relation particulière entre La Poste, les artistes et la société française.
Cette conservation donne aujourd’hui une autre dimension à l’événement de 1999.
Ce qui pouvait apparaître à l’époque comme une rencontre ponctuelle entre une exposition et la philatélie devient aussi une archive du début du parcours artistique de David Cintract.
Elle documente une période où son langage visuel est déjà immédiatement reconnaissable, mais où l’artiste explore encore de nouveaux territoires pour faire circuler ses images.
Déjà, l’envie de sortir du cadre
Avec le recul, cette exposition de 1999 annonce quelque chose qui deviendra central dans le travail de David Cintract.
L’artiste ne veut pas que la création soit enfermée dans un format unique.
Au fil des années, il investira des mannequins, des voitures, des bouteilles, des casques de ski, des vêtements, des remontées mécaniques ou encore des objets du quotidien.
Ici, bien avant ces projets, le support est beaucoup plus petit : une enveloppe et quelques centimètres d’encre laissés par un cachet postal.
Mais le principe est déjà là.
Prendre un objet fonctionnel, familier, presque banal, et lui ajouter une dimension artistique qui change immédiatement la manière dont on le regarde.
Pendant deux jours, en novembre 1999, le passage par La Poste devient ainsi un passage par l’art.
Et tandis que les lettres envoyées ce jour-là ont poursuivi leur route, certaines enveloppes, elles, n’ont jamais été destinées à disparaître : elles sont devenues des pièces de collection et les témoins d’un des premiers détournements de support de David Cintract.