Gstaad 2014 : David Cintract fait entrer le Pop Libre sur la Promenade

15 février 2014, Apple Pie Square – Promenade de Gstaad, Suisse

En février 2014, au cœur de la saison hivernale de Gstaad, l’art contemporain quitte une nouvelle fois les galeries pour s’installer directement dans les rues de la célèbre station suisse. Sur l’Apple Pie Square, le long de la Promenade, sculptures et œuvres contemporaines viennent à la rencontre des passants dans le cadre d’une exposition en plein air initiée par le projet Ultima Gstaad.

Parmi les artistes présentés figure David Cintract, avec une imposante figure féminine installée sur un socle blanc au milieu de la station.

Une photographie conservée de l’événement montre la sculpture à la tombée du jour, entourée de chalets enneigés et de boutiques. Dressée presque à hauteur des façades, la silhouette métallique tranche avec l’architecture traditionnelle de Gstaad : une apparition résolument contemporaine au milieu d’un décor alpin.

Une Amazone Pop Libre au cœur de Gstaad

La sculpture présentée par David reprend l’un de ses supports de prédilection : le mannequin féminin transformé en œuvre unique.

La silhouette est entièrement métamorphosée. Corps argenté, surfaces travaillées, détails graphiques et accumulation d’éléments détournent le mannequin de sa fonction commerciale pour en faire une figure beaucoup plus énigmatique.

La presse locale lui accorde une place particulière.

Dans son édition du 18 février 2014, l’Anzeiger von Saanen publie un article consacré à l’événement sous le titre « Streetart in Gstaad » et reproduit directement la sculpture de David. Sa légende la décrit comme une figure évoquant une Amazone guerrière, avec sa tenue de combat et sa coiffure punk.

Une description qui résume assez bien le contraste recherché par l’artiste : la féminité du mannequin demeure immédiatement identifiable, mais elle est confrontée à des signes de force, de protection et de rébellion.

Chez Cintract, l’image séduisante n’est presque jamais totalement innocente. Derrière l’éclat des surfaces et le plaisir visuel apparaissent souvent d’autres lectures : la place de la femme, le rapport au corps, la société de consommation ou encore la manière dont l’apparence peut simultanément attirer et protéger.

À Gstaad, cette figure prend une dimension supplémentaire. Posée dans l’espace public et observée sous tous les angles, elle n’est plus un mannequin de vitrine : elle devient elle-même celle que l’on vient regarder.

« Streetart » sans mur ni bombe de peinture

Le choix du terme « Streetart » par le journal suisse est intéressant.

Il ne s’agit pas ici de street art au sens strict du graffiti ou de la peinture murale. L’idée est plutôt celle d’un art placé dans la rue, sorti de son environnement habituel pour s’installer directement sur la Promenade.

Le public n’a donc pas besoin de pousser la porte d’une galerie.

Skieurs, habitants, touristes et promeneurs découvrent les œuvres au hasard de leur passage dans le centre de Gstaad. C’est précisément cette relation directe au public qui donne son caractère à l’exposition.

Pour David Cintract, cette manière de présenter l’art est déjà familière. Son travail s’affranchit volontiers du cadre traditionnel : mannequins, automobiles, objets manufacturés ou installations deviennent des supports capables de faire circuler l’œuvre dans des environnements très différents.

À Gstaad, le décor change mais la philosophie demeure : mettre l’art là où la vie se déroule.

Ultima Gstaad, un projet hôtelier qui se présente par l’art

L’exposition possède également une histoire particulière puisqu’elle est initiée par Ultima Gstaad, dont le futur établissement est alors encore à l’état de projet.

À l’origine d’Ultima se trouvent les entrepreneurs Max-Hervé George et Byron Baciocchi, accompagnés dans le développement du projet de Gstaad par l’investisseur Jean-Michel Barbey. Le groupe prépare alors la transformation d'un site hôtelier de la station avec l'ambition de développer une nouvelle vision de l’hospitalité très haut de gamme.

La photographie publiée par l’Anzeiger von Saanen réunit d’ailleurs plusieurs acteurs du projet, dont Max-Hervé George, Jean-Michel Barbey et Byron Baciocchi, aux côtés de Tessa Chaffey, alors impliquée dans son développement.

En février 2014, l’hôtel n’existe donc pas encore sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Le journal explique que cette exposition artistique doit notamment permettre au futur Ultima Gstaad de commencer à se faire connaître avant son ouverture.

Le projet prendra finalement davantage de temps que prévu et l’Ultima Gstaad ouvrira ses portes en décembre 2016.

Avec le recul, cette première manifestation artistique prend un relief particulier : l’art contemporain deviendra ensuite une composante importante de l’identité du lieu, avec des œuvres exposées dans ses espaces et une présence régulière d’artistes contemporains.

Gstaad, l’art au milieu de la neige

L'événement se déroule par ailleurs à un moment où Gstaad affirme particulièrement son intérêt pour l’art contemporain.

Durant l’hiver 2014, la station accueille de nombreuses galeries et manifestations artistiques. Quelques semaines auparavant s’est notamment ouverte la première édition d’Elevation 1049 – Between Heaven and Hell, exposition imaginée à l’échelle du paysage de Gstaad et réunissant des artistes suisses dans différents lieux de la station et de la montagne.

L’objectif est alors similaire sur un point essentiel : faire sortir l’art du « white cube » traditionnel et le confronter directement au paysage alpin et à ceux qui le traversent.

La sculpture de David présentée sur l’Apple Pie Square s’inscrit naturellement dans cette atmosphère.

Le contraste est saisissant : autour d’elle, les chalets de bois, la neige et l’image presque intemporelle de Gstaad ; au centre, cette femme argentée hérissée de détails contemporains, droite sur son socle comme une sentinelle.

C’est ce qui donne aujourd’hui toute sa valeur à cette archive : elle témoigne d’un moment où le Pop Libre quitte une nouvelle fois son environnement habituel pour se confronter à un lieu qui semble, au premier regard, lui être totalement opposé.

D’un côté, la tradition et l’élégance feutrée d’un village des Alpes suisses.

De l’autre, une Amazone argentée, punk et contemporaine signée David Cintract.

Pendant quelques jours de février 2014, les deux se sont rencontrés au beau milieu de la Promenade de Gstaad.

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