13 et 14 décembre 2014 — Courchevel
En décembre 2014, tout est prêt pour accueillir à Courchevel une nouvelle étape de la Coupe du monde féminine de ski alpin. Deux épreuves techniques doivent se succéder : un slalom géant le 13 décembre, puis un slalom le 14 décembre.
Dans son atelier, David Cintract a lui aussi achevé sa mission. Deux trophées ont été imaginés pour les gagnantes, deux casques transformés en œuvres uniques, dans la continuité d’une histoire commencée deux ans plus tôt avec la station.
Mais cette édition connaîtra un destin particulier : les championnes ne viendront jamais les chercher.
Deux casques créés pour deux courses
Pour cette édition 2014, David Cintract pousse très loin le caractère précieux et volontairement spectaculaire de ses premiers trophées.
Les deux casques partagent un vocabulaire commun : rose fluorescent, noir, blanc, argent, strass, effets métalliques et typographies en relief. Les surfaces sont saturées de détails, entre portraits féminins stylisés, symboles de Courchevel, inscriptions liées à la Coupe du monde et éléments ajoutés directement sur la coque.
L’un privilégie une dominante noire et argentée, traversée de coulures roses et constellée de cristaux. L’autre joue davantage sur le blanc, le rose pâle et les effets chromés.
Ils fonctionnent comme deux variations d’une même série, chacune correspondant à l’une des deux épreuves prévues.
À cette période du travail de David Cintract, le trophée assume encore pleinement un langage très Pop Libre, presque excessif : le casque n’est pas simplement peint, il est chargé, transformé, détourné jusqu’à perdre son statut d’équipement sportif pour devenir une véritable sculpture.
Une Coupe du monde stoppée avant même le départ
Le scénario sportif devait pourtant être tout autre.
Courchevel se prépare à accueillir les meilleures skieuses mondiales les 13 et 14 décembre 2014. Mais le début d’hiver est particulièrement compliqué dans les Alpes : le manque de neige et des températures trop douces compromettent la préparation des pistes.
Lors du contrôle effectué par la Fédération internationale de ski, la décision tombe le 5 décembre 2014.
L’étape féminine de Courchevel est annulée.
La station estimait encore pouvoir accueillir le slalom, mais la piste nécessaire au géant demandait des conditions d’enneigement plus importantes. La FIS choisit finalement de ne pas maintenir une seule épreuve et transfère le programme féminin vers Åre, en Suède.
Pour Courchevel, le week-end de Coupe du monde disparaît du calendrier.
Des œuvres achevées pour un événement qui n’aura pas lieu
Cette annulation donne aux trophées de 2014 une place singulière dans l’histoire des créations de David Cintract pour Courchevel.
Contrairement aux autres éditions, ils ne sont associés à aucun geste de victoire, aucune remise officielle, aucune photographie de championne brandissant son casque sur le podium.
Ils restent les témoins d’une compétition préparée jusque dans ses moindres détails, mais interrompue avant son commencement.
C’est précisément ce qui les rend aujourd’hui intéressants comme pièces d’archive.
Dans une série habituellement liée à un nom — Tina Maze, Marlies Schild, Mikaela Shiffrin, Federica Brignone ou Petra Vlhová selon les années —, les casques de 2014 demeurent sans propriétaire sportive. Ils racontent moins une victoire qu’un événement empêché.
Une année blanche dans le palmarès, pas dans l’atelier
Dans le palmarès officiel de Courchevel, l’année 2014 apparaît donc comme une double annulation : géant annulé, slalom annulé.
Dans l’histoire artistique de la Coupe du monde, elle n’est pourtant pas vide.
David Cintract avait travaillé, conçu et achevé les trophées avant que la décision sportive ne soit prise. Ces deux casques constituent ainsi la trace matérielle d’une édition qui, sur la neige, n’a jamais existé.
Une anomalie dans la série, mais une archive précieuse : la preuve qu’un événement peut disparaître du calendrier tout en laissant derrière lui ses œuvres.
Aujourd’hui, les deux casques de 2014 sont conservés et exposés au Club des Sports de Courchevel, aux côtés des trophées réalisés par David Cintract pour les autres éditions de la Coupe du monde. Réunis au fil des années, ils composent une véritable mémoire visuelle de cette collaboration entre l’artiste, la station et le ski de haut niveau. Les pièces de 2014 y occupent une place particulière : celles d’une compétition qui n’a pas eu lieu, mais dont les trophées, eux, sont bien entrés dans l’histoire.