Coupe du monde de rugby 2007 : David Cintract fait entrer le coq dans l’univers du Pop Libre

Septembre – octobre 2007, Paris et Toulouse – Coupe du monde de rugby 2007

En septembre 2007, la France accueille la Coupe du monde de rugby. Dans les stades, les regards sont tournés vers le XV de France ; dans les rues de Paris et de Toulouse, un autre emblème national s’impose à son tour : le coq gaulois, réinterprété par des artistes contemporains à travers le projet Cocoricopyright – Du Coq à l’Art.

À l’origine de cette initiative se trouve Cédric Soulette, ancien pilier international du XV de France. Finaliste de la Coupe du monde 1999 avec les Bleus et fort de treize sélections en équipe nationale, il imagine quelques années après sa carrière sportive une manière inattendue de réunir ses deux univers : le rugby et la création.

Son idée : concevoir un coq monumental en fibre de verre, le reproduire puis confier chaque exemplaire à un artiste afin qu’il en fasse une œuvre unique.

David Cintract est invité à participer au projet et réalise deux interprétations monumentales : Pop libre et Cocoricocopop.

Du maillot bleu à l’art contemporain

Pour Cédric Soulette, le choix du coq n’a rien d’anodin. Il l’a lui-même porté sur le maillot de l’équipe de France. Symbole historique et populaire, l’animal lui paraît capable de dépasser le seul univers du rugby pour devenir un véritable terrain d’expression artistique.

Le principe de Cocoricopyright repose alors sur une sculpture identique remise à différents créateurs. Les coqs, réalisés en fibre de verre, mesurent environ deux mètres de hauteur et peuvent culminer à près de 2,50 mètres avec leur piédestal. Leur surface offre plusieurs mètres carrés aux artistes, libres de peindre, transformer et détourner cette silhouette selon leur propre langage.

Pour la Coupe du monde 2007, la collection réunit des artistes aux univers très différents. David Cintract côtoie notamment Hervé Di Rosa, Bernard Cadène, Jean-Louis Toutain, Freddo Sacaro, Corinne Bresquignan, ainsi que d’autres créateurs invités à réinventer l’emblème français.

Même le monde du rugby se prête au jeu : certains joueurs participent à cette rencontre entre création et ballon ovale.

Deux coqs signés David Cintract

David ne réalise pas une mais deux versions monumentales du coq.

La première porte un titre qui résume déjà sa démarche artistique : Pop libre. La seconde est baptisée Cocoricocopop, clin d’œil au nom du projet et à l’univers pop de l’artiste.

Sur ces sculptures, le coq traditionnel perd immédiatement son image institutionnelle. David le fait basculer dans son propre vocabulaire : figures féminines, couleurs franches, références populaires, graphisme, collages et télescopage d’images viennent recouvrir l’animal.

L’un des coqs apparaît d’ailleurs dans les pages du Figaro du 18 septembre 2007, au sein d’un article consacré aux manifestations culturelles organisées autour de la Coupe du monde. Une autre archive de presse conservée à l’époque présente David travaillant directement sur la sculpture et résume parfaitement l’esprit du projet sous un titre : « Coq en (pop) art ».

Le symbole national devient ainsi autre chose : une œuvre contemporaine où rugby, culture populaire et identité française se mélangent avec l’ironie et la liberté propres à Cintract.

Des coqs géants au cœur de la Coupe du monde

Pendant la compétition, le projet prend possession de l’espace public.

À Toulouse, vingt-deux coqs géants sont notamment réunis dans la cour du Capitole. À Paris, d’autres sculptures apparaissent dans plusieurs lieux emblématiques liés aux festivités : parvis de l’Hôtel de Ville, Trocadéro, place de la Concorde, village de la Coupe du monde, tandis que différentes présentations sont organisées autour de l’événement.

L’objectif est précisément de sortir l’art des galeries. Les œuvres se retrouvent au milieu des supporters, des touristes et des habitants venus vivre la Coupe du monde.

Le projet possède également une dimension solidaire. Certains coqs sont parrainés par des entreprises puis proposés aux enchères au bénéfice d’associations. À Toulouse, une vente est notamment organisée le 27 septembre 2007 au profit d’Atout Cœur, association mobilisée notamment auprès des enfants après l’explosion de l’usine AZF. D’autres opérations liées au projet soutiennent Un Maillot pour la Vie, association accompagnant des enfants hospitalisés grâce à la mobilisation du monde sportif.

Le rugby fournit donc le contexte, mais le projet dépasse rapidement le terrain : sport, art contemporain, mécénat et solidarité se rencontrent autour d’un même symbole.

Des sculptures monumentales aux éditions pour collectionneurs

L’histoire des coqs de David ne s’arrête pas avec la fin de la Coupe du monde.

Face à l’intérêt suscité par les sculptures monumentales, certaines créations du projet sont ensuite déclinées en petites éditions destinées au public et aux collectionneurs.

Les deux univers imaginés par David sont ainsi transposés en sculptures en résine peinte d’environ 30 centimètres. Les archives de Stan’Art répertorient toujours aujourd’hui Cocoricopop et Pop libre parmi les miniatures issues de la collection.

Présentées dans leur coffret d’origine aux couleurs de Cocoricopyright et d’Art in the City, ces petites sculptures permettent de prolonger le concept initial : faire quitter au coq son statut d’emblème pour le transformer en objet d’art accessible et collectionnable.

Plusieurs exemplaires numérotés continuent d’ailleurs, près de vingt ans plus tard, à apparaître dans des ventes aux enchères et chez des marchands spécialisés. Un exemplaire de Cocoricopop – Pop Libre, numéroté 29 et accompagné de sa boîte d’origine, a ainsi encore été présenté en vente publique en 2023.

Quand le Pop Libre rencontre le rugby

Cette collaboration de 2007 constitue un épisode particulièrement révélateur du parcours de David Cintract.

Bien avant ses trophées pour la Coupe du monde de ski à Courchevel, l’artiste confrontait déjà son univers à celui du sport de haut niveau et détournait un objet fortement chargé de symboles pour en faire un support contemporain.

Le projet possède aussi tout ce qui caractérisera par la suite nombre de ses collaborations : une sculpture monumentale, un symbole populaire immédiatement identifiable, un événement international, une rencontre avec le public et le passage d’une œuvre unique vers des éditions accessibles aux collectionneurs.

En pleine Coupe du monde de rugby, David Cintract n’a donc pas seulement décoré un coq.

Avec Pop libre et Cocoricocopop, il s’est emparé de l’un des emblèmes les plus traditionnels de la France pour lui faire changer de terrain : du maillot au musée à ciel ouvert, et du rugby au Pop Libre.

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