2015, Téléphérique de la Saulire, Courchevel 1850
En 2015, l’univers de David Cintract quitte une nouvelle fois les espaces traditionnels d’exposition pour s’installer au cœur même du domaine skiable de Courchevel. Cette fois, c’est l’intérieur d’une cabine du téléphérique de la Saulire qui devient le support d’une installation graphique entièrement consacrée à l’artiste et à son œuvre emblématique, Mademoiselle Courchevel.
Le choix du lieu est loin d’être anodin. La Saulire est l’un des sommets emblématiques des 3 Vallées et l’un des grands points de passage de Courchevel vers la haute montagne. L’axe Verdons-Saulire conduit skieurs et visiteurs à plus de 2 700 mètres d’altitude, offrant un panorama sur Courchevel, les 3 Vallées et les grands sommets alpins. Le téléphérique de la Saulire fait lui-même partie de l’histoire de la station : une première installation ouvre dès 1952, avant d’être remplacée en 1984 par un appareil de grande capacité devenu l’une des remontées emblématiques de Courchevel.
Une cabine transformée en galerie en mouvement
Les photographies d’archive de l’installation montrent un dispositif pensé pour envelopper véritablement le visiteur.
Sur l’une des grandes parois intérieures apparaît Mademoiselle Courchevel en pied, reproduite sur un fond clair, accompagnée de son nom manuscrit. Sur une autre paroi, la sculpture est décomposée sous la forme d’une grande mosaïque photographique : visage, casque, jambes, détails du corps peint, motifs pop et accessoires se répondent comme les fragments d’un immense collage.
Une photographie de David Cintract portant lui-même un casque customisé vient compléter l’ensemble. L’artiste y apparaît dans une image volontairement décalée, fidèle à son univers, accompagnée de la mention « By David Cintract » et d’un remerciement à la Galerie Bartoux.
La cabine n’est donc pas simplement décorée avec le nom d’un artiste. Le visiteur découvre l’œuvre, ses détails et celui qui l’a créée pendant son ascension vers la Saulire. Le temps du trajet devient, à sa manière, un temps d’exposition.
Mademoiselle Courchevel, trois ans après sa création
Cette installation prolonge directement l’histoire commencée en 2012 avec Mademoiselle Courchevel.
Créée comme égérie artistique de la station pour la saison 2012-2013, la sculpture avait rapidement dépassé son statut d’œuvre monumentale. Courchevel Tourisme avait intégré son image à ses brochures, publicités, supports promotionnels et forfaits de ski, tandis que la Société des 3 Vallées participait également à sa diffusion. Les documents de lancement prévoyaient déjà que l’univers de Mademoiselle Courchevel puisse investir le téléphérique de la Saulire.
Le photographe David André, qui réalise en juin 2012 les images officielles de la sculpture pour la communication de Courchevel, indique d’ailleurs que ces visuels sont utilisés sur Internet, dans la presse, l’édition, la PLV et les forfaits de ski entre 2012 et 2015. Le covering de la Saulire témoigne ainsi de la longévité inhabituelle de cette campagne artistique : trois ans après sa création, Mademoiselle Courchevel continue de vivre dans l’espace et l’identité visuelle de la station.
L’art contemporain jusque dans les remontées mécaniques
Le projet s’inscrit dans une volonté plus large de Courchevel de faire sortir l’art des galeries pour le placer directement sur le parcours des skieurs.
Depuis 2009, la station et les Galeries Bartoux développent ensemble L’Art au Sommet, un programme qui transforme chaque hiver Courchevel en véritable musée à ciel ouvert. Sculptures monumentales sur les pistes, installations dans les villages et interventions artistiques sur les infrastructures permettent à des publics qui ne franchiraient pas nécessairement la porte d’une galerie de rencontrer l’art au cours d’une journée de ski. Cette collaboration entre Courchevel et les Galeries Bartoux se poursuit encore aujourd’hui.
L’habillage consacré à David Cintract s’inscrit dans cette même philosophie : faire de la montagne elle-même un lieu d’exposition.
Le remerciement adressé à la Galerie Bartoux visible à l’intérieur de la cabine rappelle d’ailleurs le rôle joué par la galerie dans cette période où Courchevel multiplie les passerelles entre tourisme, espace public et art contemporain.
Une œuvre qui voyage avec les skieurs
Ce qui rend cette installation particulièrement intéressante dans le parcours de David Cintract est son rapport au public.
Dans une galerie, le visiteur choisit d’aller voir une œuvre. Ici, l’art vient directement à lui.
Skieurs, familles, visiteurs internationaux ou simples contemplatifs embarquent dans le téléphérique et se retrouvent face à l’univers de l’artiste pendant leur montée. Mademoiselle Courchevel accompagne littéralement le déplacement vers les sommets.
Cette manière d’intégrer la création à un objet fonctionnel correspond aussi parfaitement au travail de David Cintract. Depuis ses débuts, il aime détourner les supports, sortir la peinture de la toile et investir des objets qui appartiennent à la vie quotidienne : mannequins, casques, bouteilles, véhicules ou éléments architecturaux. Son approche pluridisciplinaire et son mouvement Pop Libre revendiquent précisément cette liberté de support.
Le téléphérique devient donc, lui aussi, matière artistique.
Une nouvelle étape dans l’histoire entre David Cintract et Courchevel
En 2015, cette installation confirme que la relation entre l’artiste et Courchevel n’est plus celle d’une simple exposition temporaire.
Depuis la création de Mademoiselle Courchevel en 2012, l’univers de David s’est progressivement installé dans différents niveaux de la station : communication institutionnelle, espace public, Coupe du monde de ski, trophées remis aux championnes et désormais remontées mécaniques.
Cette présence dépasse même la seule image de la sculpture. Le nom Mademoiselle Courchevel commence à devenir une identité à part entière liée à la station. La saison 2015-2016 verra par exemple apparaître une bière artisanale en édition limitée portant son nom, dont l’habillage est lui aussi confié à David Cintract.
Le covering du téléphérique de la Saulire constitue ainsi un témoignage particulièrement parlant de cette histoire : une œuvre née dans l’atelier de l’artiste devient une image de station, puis cette image investit l’un des moyens de transport les plus emblématiques de Courchevel.
À plus de 2 700 mètres d’altitude, Mademoiselle Courchevel ne se contente plus d’incarner la station : elle accompagne ceux qui la vivent.
Une façon très concrète de faire du parcours vers les sommets un parcours artistique à part entière.