21 mai 2020, Toulouse – Ohr Torah
En mai 2020, David Cintract met une nouvelle fois son univers Pop Libre au service d’une cause qui lui est chère en offrant à Ohr Torah Toulouse deux créations originales issues de sa série Box Collection.
Deux œuvres de même format, 33 × 33 × 5 cm, deux icônes immédiatement reconnaissables, mais deux univers très différents : d’un côté Marilyn Monroe et l’héritage d’Andy Warhol, de l’autre Picsou et son obsession légendaire pour l’argent.
À travers ces deux pièces en relief, David reprend ce qui constitue l’un des principes fondamentaux de son travail : partir d’images appartenant à la mémoire collective, les détourner, les confronter à d’autres références et leur donner une nouvelle lecture.
Andy, Marilyn et les codes fondateurs du Pop Art
La première œuvre, Andy Marilyn, prend la forme d’une Box lumineuse en trois dimensions avec LED.
Au centre, le visage de Marilyn Monroe est partagé entre deux traitements graphiques, faisant directement référence à l’une des grandes icônes de Andy Warhol. Autour d’elle, David accumule les signes d’une culture devenue indissociable de l’histoire du Pop Art : boîtes de soupe Campbell’s, sneakers, références au graffiti, aux États-Unis et à la culture urbaine.
Mais, comme souvent chez Cintract, les références ne sont pas simplement juxtaposées pour rendre hommage.
Elles sont réorganisées.
Le cadre lui-même entre dans la composition et transforme l’objet en une petite scène où peinture, graphisme, collage et relief se rencontrent.
Une phrase apparaît au cœur de l’œuvre :
« C’est la faute à mes neurones ».
Une formule volontairement décalée qui ramène l’ensemble dans le langage personnel de David et empêche la pièce de devenir un simple hommage à Warhol ou à Marilyn.
Picsou : l’argent avec humour
La seconde œuvre change complètement de registre.
Avec sa Box Collection 3D consacrée à Picsou, David s’empare de l’un des personnages les plus emblématiques de la bande dessinée populaire : le milliardaire imaginé par Carl Barks pour l’univers Disney.
Picsou apparaît au centre d’un décor saturé de lingots et de pièces d’or, sac de dollars à la main, surmonté d’une couronne portant l’inscription « King of the Bling ».
Autour du cadre, une phrase résume toute l’ironie de la pièce :
« Si l’argent ne fait pas le bonheur, donne-le-moi… »
L’accumulation est volontairement excessive.
Or, dollars, couronne, richesse et humour se répondent dans une œuvre qui joue avec l’un des grands sujets historiques du Pop Art : notre fascination pour l’argent, les marques, la réussite et les objets de consommation.
Là encore, David ne cherche pas à donner une leçon.
Il préfère utiliser l’humour et le détournement pour laisser chacun décider jusqu’où il souhaite pousser la lecture.
Les Box Collection : un petit format, plusieurs niveaux de lecture
Ces deux œuvres appartiennent à une facette particulière du travail de David : les Box Collection.
Leur format relativement compact contraste avec certaines de ses sculptures monumentales, mais le principe reste très proche.
La profondeur du cadre permet de multiplier les plans et de faire sortir les éléments de l’image. Certaines pièces intègrent des éclairages LED, d’autres jouent davantage sur l’accumulation d’objets, le relief ou les superpositions.
La Box devient ainsi une sorte de micro-univers Pop Libre, à mi-chemin entre tableau, sculpture et cabinet de curiosités contemporain.
Le format n’empêche pas la densité.
Au contraire, il oblige le regard à s’approcher et à découvrir progressivement les détails.
Ohr Torah, transmettre malgré l’histoire
Le choix d’offrir ces œuvres à Ohr Torah Toulouse inscrit cette création dans une histoire qui dépasse largement le seul cadre artistique.
Situé au 33 rue Jules-Dalou à Toulouse, Ohr Torah est aujourd’hui un collège et lycée qui poursuit une mission d’enseignement, d’éducation et de transmission.
L’établissement reste profondément marqué par l’attentat antisémite du 19 mars 2012, lorsqu’il portait encore le nom d’Ozar Hatorah. Ce jour-là, Jonathan Sandler, enseignant et rabbin, ses deux fils Gabriel et Arieh, ainsi que Myriam Monsonego, fille du directeur de l’école, sont assassinés dans l’enceinte de l’établissement.
L’école sera ensuite rebaptisée Ohr Torah et poursuivra son activité sous la direction de Yaacov Monsonego, avec la volonté de continuer à enseigner malgré le traumatisme.
Au fil des années, différents comités de soutien et artistes se mobilisent autour de l’établissement, notamment à travers des dons et des ventes d’œuvres destinés à accompagner son fonctionnement et ses projets. Cette mobilisation se poursuivra dans le temps et deviendra progressivement un rendez-vous régulier pour David.
Le début d’un engagement construit dans la durée
Ces deux Box de 2020 prennent aujourd’hui un relief particulier lorsqu’on les replace dans le parcours de David.
Elles appartiennent aux premières archives retrouvées de son soutien à Ohr Torah, un engagement qui ne restera pas ponctuel.
Dans les années suivantes, David continuera à offrir différentes créations à l’établissement et à ses comités de soutien, jusqu’à faire de cette participation une relation fidèle construite dans le temps.
Les œuvres changeront de format, de personnage et de technique.
Mais l’idée restera la même : faire entrer une création Pop Libre dans une action de solidarité et permettre à sa valeur artistique de soutenir une mission éducative.
Avec Andy Marilyn et la Box Picsou, le geste est déjà là en 2020.
Deux œuvres pleines de couleurs, d’humour et de références populaires.
Mais derrière les icônes et les clins d’œil, une intention beaucoup plus simple :
mettre l’art au service de la transmission.