2020 — France / Championnat historique Peter Auto
En 2020, un grand collectionneur passionné de compétition historique, déjà collectionneur du travail de David Cintract, lui confie un projet hors norme : intervenir librement sur une BMW 3.0 CSL de compétition, reconstruite aux spécifications Groupe 2 de 1975.
Aucun cahier des charges esthétique, aucune maquette imposée. Le propriétaire lui donne carte blanche.
Pour David, habitué à faire sortir l’art de la toile pour investir mannequins, sculptures, casques ou objets manufacturés, l’occasion est exceptionnelle : cette fois, le support est une véritable voiture de course destinée à retrouver les circuits.
De cette rencontre naît Flash Car, une BMW entièrement travaillée à la main dans l’univers Pop Libre, à la frontière de la peinture, de la bande dessinée et de la culture automobile.
Dans le sillage d’une histoire mythique : les BMW Art Cars
Le choix d’une BMW 3.0 CSL possède une résonance particulière dans l’histoire de l’art automobile.
En 1975, le commissaire-priseur et pilote français Hervé Poulain imagine de faire participer aux 24 Heures du Mans une BMW transformée par un artiste. Avec le soutien de BMW Motorsport, il confie une BMW 3.0 CSL à Alexander Calder. Le sculpteur américain recouvre la carrosserie de larges aplats rouges, jaunes et bleus : la première BMW Art Car est née.
La voiture prend le départ des 24 Heures du Mans les 14 et 15 juin 1975, pilotée par Hervé Poulain, Jean Guichet et Sam Posey. Cette rencontre entre art contemporain et compétition donnera naissance à une collection devenue légendaire, poursuivie notamment par Frank Stella, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, David Hockney, Jenny Holzer, Jeff Koons et, plus récemment, Julie Mehretu.
Près de quarante-cinq ans plus tard, David Cintract se retrouve donc face au même modèle de BMW que celui qui avait lancé cette aventure en 1975.
Une véritable BMW de course comme toile
La voiture confiée à David n’est pas une automobile de collection destinée à rester immobile sous les projecteurs.
Il s’agit d’une BMW 3.0 CSL Groupe 2 de compétition, reconstruite par le spécialiste britannique Alex Elliott selon les spécifications de course de 1975. Équipée d’un six-cylindres de 3,5 litres développant environ 345 chevaux, elle possède un Passeport Technique Historique et évolue dans le Heritage Touring Cup de Peter Auto, championnat consacré aux grandes voitures de tourisme des années 1960 à 1980.
David doit donc composer avec les contraintes d’une véritable machine de course.
Portières, ailes, capot, prises d’air et imposants appendices aérodynamiques deviennent autant de surfaces de création, sans jamais faire oublier la fonction première de la voiture : courir.
Une carrosserie entièrement réalisée à la main
David Cintract refuse la facilité d’un simple habillage imprimé.
La transformation est réalisée à la main sur la carrosserie.
La BMW se métamorphose progressivement en une composition spectaculaire où se croisent comics, culture populaire, lignes de vitesse et couleurs franches.
Sur les flancs, un visage hurlant impose une présence presque sonore. Autour de lui surgissent de larges bandes rouges, jaunes, bleues, blanches et noires, des projections de peinture et une immense onomatopée courant sur la carrosserie :
« VVVRRRRRRAAAHHH… »
Le bruit du moteur semble passer directement dans l’image.
David utilise les formes mêmes de la 3.0 CSL comme éléments de composition : ses ailes larges, sa silhouette tendue et son spectaculaire aileron arrière accentuent cette impression de mouvement permanent.
Une œuvre qui change lorsque la lumière tombe
Flash Car possède également une seconde lecture lorsque la lumière change.
Sous lumière bleue et ultraviolette, certains détails gagnent en intensité, des couleurs deviennent fluorescentes et le mot « FLASH » apparaît jusque dans le traitement du logo BMW.
De jour, la voiture revendique pleinement son rapport au Pop Art, au comics et à l’univers de la course.
Dans l’obscurité, elle prend une dimension plus électrique et presque futuriste.
Cette transformation rejoint une recherche récurrente dans le travail de David Cintract : créer des œuvres dont la perception évolue selon la lumière et l’environnement.
Le 3.0 CSL : une machine devenue icône
Avant même l’intervention de David, la BMW 3.0 CSL possède une histoire considérable.
Développée pour la compétition au début des années 1970, la CSL — pour Coupé Sport Leichtbau, ou coupé sport allégé — constitue l’une des automobiles qui ont forgé la réputation sportive de BMW.
Conçue pour les courses de tourisme, elle s’illustre notamment en Championnat d’Europe, aux 24 Heures de Spa et au Mans. Ses imposants appendices aérodynamiques lui valent également le célèbre surnom de « Batmobile ».
Cette double identité — machine de compétition et icône du design automobile — explique en grande partie la fascination qu’exerce encore aujourd’hui la 3.0 CSL.
Pour David Cintract, intervenir sur un tel modèle revient à travailler directement sur un morceau de l’histoire du sport automobile.
De l’atelier directement à la piste
Le projet est dévoilé au printemps 2020.
Quelques semaines plus tard, Flash Car rejoint les paddocks.
Les 25 et 26 juillet 2020, la BMW est engagée aux Dix Mille Tours du Castellet, grand rendez-vous de compétition historique organisé par Peter Auto sur le circuit Paul Ricard.
Elle participe au plateau du Heritage Touring Cup, aux côtés de voitures mythiques comme les Ford Capri, Escort, Jaguar et autres BMW ayant marqué les grandes heures du tourisme européen.
Dans cet environnement où chaque automobile possède déjà une forte identité historique, Flash Car se distingue immédiatement.
Sa peinture entièrement réalisée à la main, ses références graphiques et ses couleurs transforment son passage en piste en véritable spectacle visuel.
Le Mans en filigrane
Le projet entretient naturellement un lien avec l’histoire du Mans.
En 1975, la BMW 3.0 CSL peinte par Alexander Calder prend le départ des véritables 24 Heures du Mans.
En 2020, quarante-cinq ans plus tard, une autre 3.0 CSL, transformée cette fois par David Cintract, retrouve l’univers des compétitions historiques avec l’ambition de participer aux grands rendez-vous européens, notamment Le Mans Classic.
Le parallèle donne au projet une dimension particulière : deux époques, deux artistes, mais toujours cette même rencontre entre création contemporaine et patrimoine automobile.
Quand la vitesse devient une matière artistique
Flash Car occupe une place singulière dans le parcours de David Cintract.
L’artiste avait déjà travaillé sur de nombreux supports éloignés de la toile traditionnelle, mais cette BMW ajoute une dimension nouvelle : le mouvement réel.
Une peinture est généralement contemplée à l’arrêt. Ici, la composition se transforme à mesure que la voiture accélère.
Les couleurs se mélangent visuellement, les lignes de carrosserie prolongent les dessins et l’onomatopée semble prendre tout son sens lorsque le six-cylindres se met à résonner sur le circuit.
La liberté laissée à David lui permet de ne pas réaliser une simple livrée automobile. Il conserve toute l’exubérance du Pop Libre, son goût des références populaires, du dessin et du détournement, tout en respectant l’identité très forte de la BMW.
La voiture reste une 3.0 CSL. Mais elle devient une Cintract.
Avec Flash Car, David Cintract signe ainsi l’un des projets les plus spectaculaires de son parcours : une œuvre pensée dans un atelier, mais destinée à prendre vie sur la piste.
Une rencontre entre art contemporain, patrimoine automobile et compétition, où la vitesse elle-même devient une composante de l’œuvre.