De Courchevel à Park City : une œuvre de David Cintract pour sceller 40 nouvelles années d’amitié

6 septembre 2024, Park City, Utah, États-Unis

Le 6 septembre 2024, dans la salle du conseil municipal de Park City, un vote vient prolonger une histoire commencée quatre décennies plus tôt. Devant la délégation française venue de Courchevel, les élus américains approuvent officiellement la reconduction du jumelage entre les deux stations pour quarante années supplémentaires. À l’issue de la délibération, Jean-Yves Pachod, maire de Courchevel, remet à Nann Worel, maire de Park City, une œuvre spécialement réalisée par David Cintract pour marquer cet anniversaire et symboliser la continuité du lien entre les deux villes.

Un geste diplomatique, mais aussi profondément lié à l’identité des deux stations : le ski, la montagne et l’art réunis dans une même pièce.

Quarante ans d’une histoire entre deux stations de montagne

Les liens entre Courchevel et Park City remontent au début des années 1980. Le 7 septembre 1983, le conseil municipal de Saint-Bon, alors présidé par le maire Michel Ziegler, approuve le principe du jumelage ; Park City situe pour sa part le début officiel de cette relation en 1984.

Le rapprochement est naturel.

D’un côté, Courchevel, station française des 3 Vallées devenue l’une des grandes références mondiales du ski et ayant participé à l’organisation des Jeux olympiques d’Albertville en 1992. De l’autre, Park City, ancienne cité minière de l’Utah devenue station internationale, site olympique en 2002 et ville mondialement connue pour accueillir le Sundance Film Festival.

Au-delà de leurs images prestigieuses, les deux villes partagent des problématiques très proches : tourisme de montagne, préservation de leur environnement, gestion de domaines skiables internationaux et volonté de conserver une véritable vie locale.

Au fil des années, le jumelage donne notamment naissance à des échanges scolaires et linguistiques entre les jeunes, des rencontres professionnelles et des visites entre délégations. À Courchevel, une rue et une piste portent même le nom de Park City, preuve que cette relation s’est progressivement inscrite dans le quotidien de la station.

Une semaine américaine pour préparer les quarante prochaines années

Du 29 août au 7 septembre 2024, une délégation de Courchevel se rend dans l’Utah afin de renforcer cette coopération.

Autour de Jean-Yves Pachod figurent notamment Manon Lazzaroni, adjointe au maire, Claude Chedal-Anglay, conseiller municipal, Alexia Lainé, directrice de Courchevel Tourisme, et Stéphane Pfend, directeur du domaine skiable S3V, accompagnés de représentants de l’association Courchevel–Park City.

Le séjour n’a rien d’un simple déplacement protocolaire. Les Français visitent notamment le Utah Olympic Park, Deer Valley et Park City Mountain Resort, rencontrent leurs homologues américains et échangent autour de sujets très concrets, comme l’exploitation des domaines skiables ou la neige de culture. La délégation participe également au Miners Day, célébration de l’histoire minière de Park City.

Mais le moment le plus symbolique intervient le 6 septembre.

Un vote, une étudiante et une œuvre

Lors du conseil municipal de Park City présidé par Nann Worel, les élus votent la prolongation du jumelage pour quarante nouvelles années.

La cérémonie possède aussi une dimension particulièrement humaine : Pénélope Harte, une jeune étudiante ayant elle-même participé aux échanges entre les deux villes, lit la délibération en français. Ce n’est qu’ensuite que l’œuvre de David Cintract est remise à la maire américaine. La municipalité de Courchevel décrira plus tard cette séance comme un moment particulièrement émouvant.

Le symbole est fort : une jeune génération issue du jumelage transmet le texte qui engage les deux villes pour les décennies suivantes, tandis qu’une œuvre contemporaine vient en conserver la mémoire.

Courchevel et Park City réunies sur un même casque

Pour cette occasion, David Cintract imagine une pièce entièrement consacrée aux deux stations.

L’œuvre associe un casque de ski customisé à un grand format de bouteille transformé en socle sculptural, reprenant un principe que l’artiste affectionne depuis longtemps : utiliser des objets intimement liés à un événement ou à un territoire et les faire basculer dans le champ de l’art.

Sur le casque se déploie une composition aux tonalités bleu, cuivre, orangé et argent, enrichie de projections de peinture, d’étoiles, de cœurs et de nombreux détails scintillants.

Deux jeunes skieurs stylisés prennent place sur les différentes faces. L’ensemble est volontairement ludique et dynamique, loin d’une pièce commémorative traditionnelle.

COURCHEVEL apparaît en lettres capitales accompagné de son flocon emblématique. Sur l’autre côté, la mention PARK CITY – 1884 renvoie directement à l’histoire de la ville américaine : Park City a officiellement été incorporée en 1884, l’année même retenue aujourd’hui comme naissance administrative de la cité.

Les deux identités ne sont donc pas simplement juxtaposées : elles sont fondues dans une seule composition.

Le ski comme langage commun

Le choix du casque prend ici une signification particulière.

Depuis 2012, David Cintract utilise régulièrement cet objet dans son histoire avec Courchevel, notamment à travers les trophées qu’il réalise pour les grandes compétitions de ski. Le casque concentre naturellement les notions de montagne, vitesse, protection et performance.

Dans le contexte du jumelage avec Park City, il devient surtout un langage que les deux villes comprennent immédiatement.

Courchevel et Park City ne partagent pas seulement une activité économique autour du ski : leur histoire moderne s’est en grande partie construite autour de la montagne, des sports d’hiver et des grands événements internationaux.

Le support choisi par David permet donc de raconter le lien entre les deux villes sans avoir besoin d’un long discours.

Une œuvre offerte à Nann Worel

Le bulletin municipal de Courchevel confirme officiellement qu’un casque signé David Cintract a été offert à Nann Worel pour clôturer le séjour de la délégation française.

Nann Worel, maire de Park City depuis janvier 2022, connaissait déjà Courchevel. Elle avait notamment fait partie de la délégation américaine accueillie dans la station française en février 2023, pendant les Championnats du monde de ski alpin Courchevel-Méribel.

La remise de cette œuvre en 2024 ne constitue donc pas le premier contact entre les deux municipalités, mais l’aboutissement d’un nouveau cycle de rencontres engagé autour du quarantième anniversaire du jumelage.

Une œuvre pour faire durer une histoire

Dans le parcours de David Cintract, cette création occupe une place particulière.

Il ne s’agit ni d’un trophée sportif, ni d’une œuvre destinée à une galerie, ni d’une commande purement décorative. Elle devient un cadeau officiel entre deux collectivités situées à près de 8 000 kilomètres l’une de l’autre.

Et c’est précisément ce qui lui donne sa valeur d’archive.

Le 6 septembre 2024, l’œuvre accompagne un vote qui engage Courchevel et Park City pour les quarante années suivantes. Elle matérialise une relation née au début des années 1980 et entretenue depuis par des élus, des professionnels de la montagne, des enseignants, des familles et surtout des générations de jeunes ayant traversé l’Atlantique grâce à ces échanges.

À travers le casque, les skieurs, les deux noms de stations et cette profusion graphique caractéristique de son Pop Libre, David Cintract transforme un anniversaire institutionnel en une image beaucoup plus vivante.

Une œuvre née à Courchevel, offerte à Park City et destinée à conserver la mémoire d’une amitié qui, en 2024, choisit de repartir pour quarante ans.

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